COMPRENDRE LES INCENDIES POUR MIEUX SE PROTEGER

Solidaire du travail engagé par toutes celles et ceux qui oeuvrent face aux incendies, je vous partage cette
modeste contribution. Objectif : aider chacun à mieux comprendre le comportement du feu pour mieux protéger
son habitation et son environnement.
: COMMENT UN FEU PEUT-IL EXISTER ? Le triangle du feu

  1. COMBUSTIBLE : Tout ce qui peut brûler. Dans la forêt : végétation sèche, feuilles, brindilles, résine. Autour de la
    maison : bois, haie, terrasse. Sans combustible, pas de feu.
  2. COMBURANT : L’oxygène de l’air (21%). Le vent apporte de l’oxygène et attise les flammes, transporte les braises.
  3. CHALEUR : L’énergie de départ. Mégot, barbecue, étincelle de travaux, foudre, verre qui fait loupe. Il faut atteindre
    la température d’inflammation.
    Message clé : Supprimer UN SEUL des 3 côtés du triangle = le feu s’éteint. C’est la base de tous les extincteurs et de toute
    la prévention. Dans la nature, le seul élément sur lequel nous pouvons agir durablement, c’est le combustible par le
    débroussaillement.

COMMENT LE FEU SE DÉPLACE DANS LE PAYSAGE ?

Les 4 strates de végétation – l’escalier du feu :

  1. Litière au sol : Feuilles mortes, aiguilles, brindilles. C’est là que tout commence. Combustion rapide.
  2. Strate herbacée : Herbes sèches, fougères. Le feu s’étale vite au sol.
  3. Strate arbustive : Buissons, broussailles. Le feu gagne en hauteur et en intensité. EFFET D’ÉCHELLE.
  4. Strate arborescente : Cimes des arbres. Feu de couronne, le plus violent et incontrôlable.
    Facteurs qui accélèrent : VENT (apporte oxygène + projette des braises à 100m = sautes de feu), PENTE (en
    montée, le feu va 2 à 4 fois plus vite car il préchauffe la végétation au-dessus), SÉCHERESSE (végétation très
    inflammable).
    CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE autour de votre maison (Obligations Légales de Débroussaillement) :
  • Débroussailler 50m autour de l’habitation
  • Élaguer les arbres (remonter les branches à 2m du sol)
  • Espacer les arbres et arbustes (3m mini)
  • Supprimer les échelles : lierre sur arbre, haie collée au mur
  • Nettoyer toitures et gouttières des feuilles mortes
  • Stocker bois et bouteilles de gaz loin de la maison
    C’est ce qui change VRAIMENT le comportement du feu et permet aux pompiers d’intervenir.

COMMENT L’ÉTEINDRE ? 3 principes & techniques

On éteint un feu en cassant le triangle :

  1. ÉTOUFFER = Couper l’oxygène
    Technique : Couverture anti-feu, bâche, sable, terre. On prive le feu d’air. Efficace sur feu de friteuse, petit feu liquide.
    Ne jamais mettre d’eau sur huile en feu !
  2. REFROIDIR = Enlever la chaleur
    Technique : Eau, mousse, extincteur à eau. L’eau absorbe l’énorme chaleur et fait chuter la température sous le seuil
    d’inflammation. C’est le travail principal des lances des pompiers et des bombardiers d’eau.
  3. AFFAMER = Retirer le combustible
    Technique : Débroussaillement, pare-feu (bande de terre sans végétation), contre-feu tactique (réservé aux pros). On
    crée une coupure, le feu s’arrête faute de quoi brûler. C’est LA prévention la plus efficace à grande échelle.
    Un RAPPELS DE SÉCURITÉ – VITAL :
  • FEU NAISSANT (tout petit, taille d’une poubelle) : vous pouvez tenter d’éteindre SI vous avez le bon matériel, sans vous
    mettre en danger, avec une issue derrière vous.
  • INCENDIE ÉTABLI : N’INTERVENEZ PAS. Alertez 18 (Pompiers) ou 112 (Urgence UE). Évacuez. Ne revenez jamais sur
    vos pas. Confinement si fumée épaisse.
  • Ne jamais intervenir sans équipement, sans formation, seul.
  • Prévention = meilleure protection. Entretenez, débroussaillez, préparez votre maison AVANT l’été.

FICHES

COMMENT LE BOIS BRULE ?

COMMENT LE BOIS BRULE

: comprendre les 5 étapes de la combustion

Le bois est combustible mais paradoxalement très résistant au feu. Sa combustion suit 5 phases précises, de l’évaporation de l’eau à 100°C jusqu’à 1300°C. Décryptage de son pouvoir calorifique et de sa résistance REI.

1. De quoi est composé le bois ?

98-99% de matière organique :

  • Cellulose : 40 à 50%
  • Hémicellulose : 20 à 30%
  • Lignine : 30 à 35%
    Le reste est minéral. La matière organique contient ∼50% de carbone, d’où son caractère combustible.

Bon à savoir : À masse égale et humidité égale, toutes les essences dégagent la même énergie. 1kg de peuplier (380kg/m³) = 18,32 MJ/kg et 1kg de charme (800kg/m³) = 20,62 MJ/kg.

2. Les 5 étapes de la combustion

<100°C – Évaporation : Seule de la vapeur d’eau s’échappe. Le bois reste bloqué à 100°C tant qu’il contient de l’eau.

100-275°C – Début pyrolyse : Dégagement de gaz + acide pyroligneux. 70% CO2 incombustible, 30% CO combustible.

∼275°C – Réaction exothermique : La réaction crée sa propre chaleur. Le CO2 baisse, les hydrocarbures combustibles apparaissent.

>350°C – Combustion des gaz : Gaz presque 100% combustibles. Hydrocarbures + hydrogène abondant. Inflammation.

>450°C – Combustion du charbon : Le charbon de bois brûle. Formation de la couche charbonnée noire isolante.

Température de flamme : 1000 à 1300°C, mais auto-entretien difficile sans apport externe car sous la couche charbonnée on repasse sous 275°C.

3. Facteurs qui influencent

Essence, Densité, Humidité (facteur N°1), Ventilation.

4. Pouvoir calorifique PCI / PCS

Définition : Énergie de 1kg. Moyenne anhydre = 17 MJ/kg = ∼5 kWh/kg.

  • PCI : chaleur utile (sans récupérer vapeur d’eau) – utilisé en chauffage
  • PCS : énergie totale
HumiditéFeuillusRésineux
0%5,1 kWh/kg5,3 kWh/kg
20%3,94,1
50%2,22,3
75%0,80,8

À retenir : À 50% d’humidité, tu perds plus de la moitié de l’énergie.

5. Résistance au feu REI (NBN EN 13501-2)

Ne pas confondre réaction et résistance.

  • R = Portance (poteau stable)
  • E = Étanchéité (pas de fissure qui laisse passer les flammes)
  • I = Isolation (face non exposée reste froide)
    Ex: REI60 = plancher qui tient 60 min en portant, étanche et isolant.

6. Pourquoi le bois résiste si bien ?

Couche charbonnée = conductivité 5x inférieure au bois (λ 0,13 W/mK). Elle protège le cœur.
À 100°C il garde : Traction 90%, Compression 55%, Flexion 75%, Module 85%.
La ruine vient de la réduction de section (0,7 mm/min pour résineux = 4,2cm/h), pas de la perte de qualité. Et il reste rectiligne, pas d’effondrement brutal.

COMMENT BRULE LE BOIS ?

COMMENT NAIT UN PYROCUMULONIMBUS ?

Le feu crée son propre orage. 10 000 MW, colonne à 12 000m, éclairs sans pluie, rafales à 80 km/h.

Un pyrocumulonimbus (PyroCb) – on ne le combat pas. On survit à son passage, puis on le contourne. C’est le niveau le plus extrême du comportement du feu, celui qui a tué en 2017 au Portugal et en Grèce en 2018.

1. C’est quoi exactement ?

Ce n’est plus un feu de forêt, c’est un orage créé par le feu lui-même.

  • Le feu libère 10 000 MW (l’équivalent de 10 centrales nucléaires)
  • La colonne convective monte à 12 000m, perce la troposphère
  • En haut, la fumée se condense -> nuage qui crée ses propres éclairs, sa propre tornade de feu, et des rafales descendantes à 80 km/h qui projettent des brandons à 3 km

Signes annonciateurs:
Chapeau en forme d’enclume blanche sur la fumée noire, couleur jaune cuivre du ciel, effondrement soudain de la colonne (colonne qui s’écrase au sol), vent qui tourne de 180° en 2 minutes, crépitements qui ressemblent à un train. Quand tu vois ça, tu as 5 à 10 minutes.

2. Comment on le combat ?

A. On N’ATTAQUE PAS la tête.
La puissance est de 10 000 kW/m. Un CCF résiste à 400 kW/m. Attaquer de face = mort assurée.
Désengagement total de tous les moyens dans l’axe.

B. On passe en manœuvre de protection des vies, plus d’extinction.

  1. Mise en sécurité du personnel: Ralliement immédiat sur zone noire (déjà brûlée), grande surface sans végétation, ou route large >20m. Activation du point de ralliement prévu dans le SOI.
  2. Défense des points sensibles uniquement: On abandonne 100% de la forêt. On place les colonnes GIFF en protection d’habitations, en établissement rideau d’eau (grande longueur 70mm) et on pré-mouille les maisons.
  3. Attaque indirecte très lointaine: On va 2 à 5 km devant le feu, là où le PyroCb n’est pas encore, et on ouvre une tranchée énorme avec 10 bulls ONF + Agriculteurs. On brûle tout entre la tranchée et le feu pour lui enlever du carburant. C’est la seule tactique qui a marché au Canada en 2023.

C. Les appuis aériens sont cloués au sol
Par vent >50 km/h et rafales descendantes, Canadair et HBE ne volent plus. Trop dangereux. Le retardant est vaporisé avant de toucher le sol. L’avion de coordination monte à 5000m et ne sert plus qu’à faire de la carto thermique.

D. On combat avec la météo, pas avec l’eau
On attend la fenêtre météo. Un PyroCb vit 2 à 6 heures, généralement l’après-midi entre 15h et 19h. Il s’effondre à la tombée de la nuit quand la température chute. C’est là qu’on ré-engage les GIFF pour pincer les flancs.

3. Ce qui change dans la colonne GIFF

Quand un PyroCb est annoncé par Météo-France et le COZ:

  • On double la dotation en eau (ajout CCGC 12 000L)
  • On impose le port de la cagoule feu + lunettes + ARI en cabine
  • On interdit tout engagement à pied, tout le monde reste à portée de CCF (50m max)
  • On active le LOTSA (officier sécurité) dont le seul job est de surveiller la colonne convective et de donner l’ordre de repli

La seule façon de « combattre » un PyroCb, c’est de ne pas lui donner de quoi manger. Débroussaillage 50m autour des maisons, pistes DFCI entretenues, brûlages dirigés l’hiver par l’ONF.

PYROCUMULONIMBUS

Manœuvres d’extinction Feux de Forêt – Techniques combinées et Colonne FDF

1. Les manœuvres d’extinction – la base

On analyse d’abord le feu : Queue (arrière, peu active), Flancs (côtés), Tête / Front (devant, le plus violent et rapide).

A. Attaque directe – sur la lisière

On attaque les flammes directement au tuyau. Uniquement quand la hauteur de flammes < 1,5m. Technique: Établissement en T, lance à 20-40m. On commence TOUJOURS par la queue vers la tête (ancrage). Quand l’utiliser : Feu naissant, lisière accessible en CCF.

B. Attaque indirecte – avec ligne d’appui

Quand le front est trop violent (>3m de flammes). On recule pour construire une ligne d’arrêt. On s’appuie sur une piste DFCI, une route, une crête. On crée une bande débroussaillée de 10 à 50m. Inclut le brûlage tactique (feu tactique ou contre-feu) réalisé par des équipes spécialisées.

C. Attaque parallèle – progression au flanc

C’est la manœuvre la plus utilisée en France. On progresse le long d’un flanc, à 5-20m de la lisière, en refroidissant et en noyant les lisières et les sautes. Objectif : pincer le feu pour réduire sa tête. Règle d’or : On ne lâche jamais son ancrage.

Manœuvres complémentaires

• Jalonnement: CCF placés tous les 200-300m le long d’une piste pour stopper les sautes.
• Mouillage de lisière / noyage: Après le passage, on noie 10m à l’intérieur de la zone brûlée.
• Défense de point sensible: On protège maisons, campings.

Schéma 1 : Les 3 manœuvres principales

2. Technique combinée : Terre + Air + ONF

a) Moyens terrestres (SDIS)

Fixent le feu, font le travail de finition (le noyage). Sans eux, le feu reprend. Véhicule roi : le CCF M (4000L d’eau, 4×4, 2 à 4 hommes).

b) Appuis aériens – GAAR

Coordonnés par un avion Dash / Beech (PC aérien). Tout passe par le sol sur canal Air-Sol 151.625 MHz.
• Canadair CL-415 / Dash 8 : 6000L, largage de retardant (eau + phosphate).
• HBE – Hélicoptère Bombardier d’Eau : 1000L, précision chirurgicale.
• Sécurité : Chef de groupe au sol donne l’ordre « Victor Alpha, largage secteur B, go ». Retrait à 100m minimum.

c) ONF et DFCI

Avant : Créent et entretiennent le maillage DFCI. Pendant : Engagent bulldozers D6. Ils ouvrent une tranchée minérale jusqu’à la roche: 3m de large, 1m de profond. Le schéma gagnant: HBE refroidit la tête -> ONF ouvre une tranchée sur la crête -> CCF s’installent sur la tranchée.

Schéma 2 : Attaque combinée Terre-Air-ONF

3. La Colonne Feux de Forêt – Composition GIFF

Composition type d’une Colonne FDF (environ 60 pompiers):
PC Colonne – Chef de colonne (Officier) : 1 VLHR PC avec radio, carto, liaison CODIS / COS.
4 GIFF identiques, chaque GIFF = 1 VLHR + 4 x CCFM (4000L) + 1 x VTU/VLOG.
Bilan : 16 CCFM = 64 000 litres, ~48 à 60 pompiers formés FDF2/FDF3, autonomie 24h à 72h.

Schéma 3 : Composition d’une colonne GIFF

Document généré le 26/07/2026 – Doctrine FDF française, ENSOSP, Sécurité Civile

ANNEXE 1 : Fréquences Radio et Procédures GAAR – Sécurité

Fréquences Opérationnelles Feux de Forêt (France)

RéseauFréquence / CanalUsage
Air-Sol (Tactique)151.625 MHz – Canal Air-Sol uniqueLiaison Chef de groupe au sol ↔ Pilotes GAAR. Ordre de largage uniquement par le sol
Sol-Sol Tactique86.9625 MHz (ex 86.4875) / Canal 1 à 14 SDISManœuvre entre CCF d’un même GIFF
CommandementCanal CODIS / ANTARES 0-XXXPC Colonne ↔ CODIS ↔ COS
DFCI / ONF153.350 MHz / Canal ForestierLiaison avec agents ONF et bulldozers

Procédure de demande de largage (STANDARD)

1. RECONNAISSANCE: Chef de groupe identifie zone à traiter et zone de repli pour son personnel
2. SÉCURISATION: Regroupement personnel à 100m minimum sous le vent du point de largage, tous les hommes à l’arrêt, dos au largage, casque jugulaire serrée
3. APPEL: ‘Victor de Alpha Kilo (indicatif sol), demande largage secteur B, fumigène vert, personnel regroupé, prêt pour largage’
4. CONFIRMATION PILOTE: ‘Alpha Kilo de Victor, identifié fumigène, j’arrive axe Nord-Sud’
5. FEU VERT SOL: ‘Victor, vous pouvez larguer, secteur B dégagé’
6. LARGAGE + CR: ‘Largage effectué, 6000L, retour base’ / Sol accuse réception et rend compte de l’effet au COS

Règles de Sécurité GAAR – 10 règles d’or

1. JAMAIS de personnel sous la trajectoire de largage (Canadair = 300m de long, 80m de large d’impact)
2. Distance de sécurité: 100m minimum pour CCF, 200m pour personnel à pied avec Canadair, 50m avec HBE
3. Ne JAMAIS tourner le dos à l’aéronef sans ordre, rester groupé, accroupi
4. Pas de largage de nuit (sauf HBE avec Jumelles de Vision Nocturne, très rare)
5. Pas de largage par vent > 50 km/h ou fumée opaque empêchant la visibilité pilote
6. Port EPI complet + masque obligatoire (retardant irritant)
7. Après largage retardant: Ne pas noyer au-dessus (retardant soluble), attaquer en lisière du retardant
8. Signaler immédiatement tout accident / personnel touché par largage sur canal Air-Sol
9. Un seul interlocuteur Air-Sol par chantier (chef de groupe désigné)
10. GAAR ne remplace jamais le travail au sol: il retarde, il ne éteint pas

Code couleur fumigènes pour guidage

VERT = Zone de largage demandée / Personnel à l’écart | ROUGE = STOP, annulez largage, danger personnel | ORANGE = Point sensible à protéger en priorité