Solidaire du travail engagé par toutes celles et ceux qui oeuvrent face aux incendies, je vous partage cette modeste contribution. Objectif : aider chacun à mieux comprendre le comportement du feu pour mieux protéger son habitation et son environnement. : COMMENT UN FEU PEUT-IL EXISTER ? Le triangle du feu
COMBUSTIBLE : Tout ce qui peut brûler. Dans la forêt : végétation sèche, feuilles, brindilles, résine. Autour de la maison : bois, haie, terrasse. Sans combustible, pas de feu.
COMBURANT : L’oxygène de l’air (21%). Le vent apporte de l’oxygène et attise les flammes, transporte les braises.
CHALEUR : L’énergie de départ. Mégot, barbecue, étincelle de travaux, foudre, verre qui fait loupe. Il faut atteindre la température d’inflammation. Message clé : Supprimer UN SEUL des 3 côtés du triangle = le feu s’éteint. C’est la base de tous les extincteurs et de toute la prévention. Dans la nature, le seul élément sur lequel nous pouvons agir durablement, c’est le combustible par le débroussaillement.
COMMENT LE FEU SE DÉPLACE DANS LE PAYSAGE ?
Les 4 strates de végétation – l’escalier du feu :
Litière au sol : Feuilles mortes, aiguilles, brindilles. C’est là que tout commence. Combustion rapide.
Strate herbacée : Herbes sèches, fougères. Le feu s’étale vite au sol.
Strate arbustive : Buissons, broussailles. Le feu gagne en hauteur et en intensité. EFFET D’ÉCHELLE.
Strate arborescente : Cimes des arbres. Feu de couronne, le plus violent et incontrôlable. Facteurs qui accélèrent : VENT (apporte oxygène + projette des braises à 100m = sautes de feu), PENTE (en montée, le feu va 2 à 4 fois plus vite car il préchauffe la végétation au-dessus), SÉCHERESSE (végétation très inflammable). CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE autour de votre maison (Obligations Légales de Débroussaillement) :
Débroussailler 50m autour de l’habitation
Élaguer les arbres (remonter les branches à 2m du sol)
Espacer les arbres et arbustes (3m mini)
Supprimer les échelles : lierre sur arbre, haie collée au mur
Nettoyer toitures et gouttières des feuilles mortes
Stocker bois et bouteilles de gaz loin de la maison C’est ce qui change VRAIMENT le comportement du feu et permet aux pompiers d’intervenir.
COMMENT L’ÉTEINDRE ? 3 principes & techniques
On éteint un feu en cassant le triangle :
ÉTOUFFER = Couper l’oxygène Technique : Couverture anti-feu, bâche, sable, terre. On prive le feu d’air. Efficace sur feu de friteuse, petit feu liquide. Ne jamais mettre d’eau sur huile en feu !
REFROIDIR = Enlever la chaleur Technique : Eau, mousse, extincteur à eau. L’eau absorbe l’énorme chaleur et fait chuter la température sous le seuil d’inflammation. C’est le travail principal des lances des pompiers et des bombardiers d’eau.
AFFAMER = Retirer le combustible Technique : Débroussaillement, pare-feu (bande de terre sans végétation), contre-feu tactique (réservé aux pros). On crée une coupure, le feu s’arrête faute de quoi brûler. C’est LA prévention la plus efficace à grande échelle. Un RAPPELS DE SÉCURITÉ – VITAL :
FEU NAISSANT (tout petit, taille d’une poubelle) : vous pouvez tenter d’éteindre SI vous avez le bon matériel, sans vous mettre en danger, avec une issue derrière vous.
INCENDIE ÉTABLI : N’INTERVENEZ PAS. Alertez 18 (Pompiers) ou 112 (Urgence UE). Évacuez. Ne revenez jamais sur vos pas. Confinement si fumée épaisse.
Ne jamais intervenir sans équipement, sans formation, seul.
Prévention = meilleure protection. Entretenez, débroussaillez, préparez votre maison AVANT l’été.
Le bois est combustible mais paradoxalement très résistant au feu. Sa combustion suit 5 phases précises, de l’évaporation de l’eau à 100°C jusqu’à 1300°C. Décryptage de son pouvoir calorifique et de sa résistance REI.
1. De quoi est composé le bois ?
98-99% de matière organique :
Cellulose : 40 à 50%
Hémicellulose : 20 à 30%
Lignine : 30 à 35% Le reste est minéral. La matière organique contient ∼50% de carbone, d’où son caractère combustible.
Bon à savoir : À masse égale et humidité égale, toutes les essences dégagent la même énergie. 1kg de peuplier (380kg/m³) = 18,32 MJ/kg et 1kg de charme (800kg/m³) = 20,62 MJ/kg.
2. Les 5 étapes de la combustion
<100°C – Évaporation : Seule de la vapeur d’eau s’échappe. Le bois reste bloqué à 100°C tant qu’il contient de l’eau.
100-275°C – Début pyrolyse : Dégagement de gaz + acide pyroligneux. 70% CO2 incombustible, 30% CO combustible.
∼275°C – Réaction exothermique : La réaction crée sa propre chaleur. Le CO2 baisse, les hydrocarbures combustibles apparaissent.
>350°C – Combustion des gaz : Gaz presque 100% combustibles. Hydrocarbures + hydrogène abondant. Inflammation.
>450°C – Combustion du charbon : Le charbon de bois brûle. Formation de la couche charbonnée noire isolante.
Température de flamme : 1000 à 1300°C, mais auto-entretien difficile sans apport externe car sous la couche charbonnée on repasse sous 275°C.
PCI : chaleur utile (sans récupérer vapeur d’eau) – utilisé en chauffage
PCS : énergie totale
Humidité
Feuillus
Résineux
0%
5,1 kWh/kg
5,3 kWh/kg
20%
3,9
4,1
50%
2,2
2,3
75%
0,8
0,8
À retenir : À 50% d’humidité, tu perds plus de la moitié de l’énergie.
5. Résistance au feu REI (NBN EN 13501-2)
Ne pas confondre réaction et résistance.
R = Portance (poteau stable)
E = Étanchéité (pas de fissure qui laisse passer les flammes)
I = Isolation (face non exposée reste froide) Ex: REI60 = plancher qui tient 60 min en portant, étanche et isolant.
6. Pourquoi le bois résiste si bien ?
Couche charbonnée = conductivité 5x inférieure au bois (λ 0,13 W/mK). Elle protège le cœur. À 100°C il garde : Traction 90%, Compression 55%, Flexion 75%, Module 85%. La ruine vient de la réduction de section (0,7 mm/min pour résineux = 4,2cm/h), pas de la perte de qualité. Et il reste rectiligne, pas d’effondrement brutal.
Le feu crée son propre orage. 10 000 MW, colonne à 12 000m, éclairs sans pluie, rafales à 80 km/h.
Un pyrocumulonimbus (PyroCb) – on ne le combat pas. On survit à son passage, puis on le contourne. C’est le niveau le plus extrême du comportement du feu, celui qui a tué en 2017 au Portugal et en Grèce en 2018.
1. C’est quoi exactement ?
Ce n’est plus un feu de forêt, c’est un orage créé par le feu lui-même.
Le feu libère 10 000 MW (l’équivalent de 10 centrales nucléaires)
La colonne convective monte à 12 000m, perce la troposphère
En haut, la fumée se condense -> nuage qui crée ses propres éclairs, sa propre tornade de feu, et des rafales descendantes à 80 km/h qui projettent des brandons à 3 km
Signes annonciateurs: Chapeau en forme d’enclume blanche sur la fumée noire, couleur jaune cuivre du ciel, effondrement soudain de la colonne (colonne qui s’écrase au sol), vent qui tourne de 180° en 2 minutes, crépitements qui ressemblent à un train. Quand tu vois ça, tu as 5 à 10 minutes.
2. Comment on le combat ?
A. On N’ATTAQUE PAS la tête. La puissance est de 10 000 kW/m. Un CCF résiste à 400 kW/m. Attaquer de face = mort assurée. Désengagement total de tous les moyens dans l’axe.
B. On passe en manœuvre de protection des vies, plus d’extinction.
Mise en sécurité du personnel: Ralliement immédiat sur zone noire (déjà brûlée), grande surface sans végétation, ou route large >20m. Activation du point de ralliement prévu dans le SOI.
Défense des points sensibles uniquement: On abandonne 100% de la forêt. On place les colonnes GIFF en protection d’habitations, en établissement rideau d’eau (grande longueur 70mm) et on pré-mouille les maisons.
Attaque indirecte très lointaine: On va 2 à 5 km devant le feu, là où le PyroCb n’est pas encore, et on ouvre une tranchée énorme avec 10 bulls ONF + Agriculteurs. On brûle tout entre la tranchée et le feu pour lui enlever du carburant. C’est la seule tactique qui a marché au Canada en 2023.
C. Les appuis aériens sont cloués au sol Par vent >50 km/h et rafales descendantes, Canadair et HBE ne volent plus. Trop dangereux. Le retardant est vaporisé avant de toucher le sol. L’avion de coordination monte à 5000m et ne sert plus qu’à faire de la carto thermique.
D. On combat avec la météo, pas avec l’eau On attend la fenêtre météo. Un PyroCb vit 2 à 6 heures, généralement l’après-midi entre 15h et 19h. Il s’effondre à la tombée de la nuit quand la température chute. C’est là qu’on ré-engage les GIFF pour pincer les flancs.
3. Ce qui change dans la colonne GIFF
Quand un PyroCb est annoncé par Météo-France et le COZ:
On double la dotation en eau (ajout CCGC 12 000L)
On impose le port de la cagoule feu + lunettes + ARI en cabine
On interdit tout engagement à pied, tout le monde reste à portée de CCF (50m max)
On active le LOTSA (officier sécurité) dont le seul job est de surveiller la colonne convective et de donner l’ordre de repli
La seule façon de « combattre » un PyroCb, c’est de ne pas lui donner de quoi manger. Débroussaillage 50m autour des maisons, pistes DFCI entretenues, brûlages dirigés l’hiver par l’ONF.
On analyse d’abord le feu : Queue (arrière, peu active), Flancs (côtés), Tête / Front (devant, le plus violent et rapide).
A. Attaque directe – sur la lisière
On attaque les flammes directement au tuyau. Uniquement quand la hauteur de flammes < 1,5m. Technique: Établissement en T, lance à 20-40m. On commence TOUJOURS par la queue vers la tête (ancrage). Quand l’utiliser : Feu naissant, lisière accessible en CCF.
B. Attaque indirecte – avec ligne d’appui
Quand le front est trop violent (>3m de flammes). On recule pour construire une ligne d’arrêt. On s’appuie sur une piste DFCI, une route, une crête. On crée une bande débroussaillée de 10 à 50m. Inclut le brûlage tactique (feu tactique ou contre-feu) réalisé par des équipes spécialisées.
C. Attaque parallèle – progression au flanc
C’est la manœuvre la plus utilisée en France. On progresse le long d’un flanc, à 5-20m de la lisière, en refroidissant et en noyant les lisières et les sautes. Objectif : pincer le feu pour réduire sa tête. Règle d’or : On ne lâche jamais son ancrage.
Manœuvres complémentaires
• Jalonnement: CCF placés tous les 200-300m le long d’une piste pour stopper les sautes. • Mouillage de lisière / noyage: Après le passage, on noie 10m à l’intérieur de la zone brûlée. • Défense de point sensible: On protège maisons, campings.
Schéma 1 : Les 3 manœuvres principales
2. Technique combinée : Terre + Air + ONF
a) Moyens terrestres (SDIS)
Fixent le feu, font le travail de finition (le noyage). Sans eux, le feu reprend. Véhicule roi : le CCF M (4000L d’eau, 4×4, 2 à 4 hommes).
b) Appuis aériens – GAAR
Coordonnés par un avion Dash / Beech (PC aérien). Tout passe par le sol sur canal Air-Sol 151.625 MHz. • Canadair CL-415 / Dash 8 : 6000L, largage de retardant (eau + phosphate). • HBE – Hélicoptère Bombardier d’Eau : 1000L, précision chirurgicale. • Sécurité : Chef de groupe au sol donne l’ordre « Victor Alpha, largage secteur B, go ». Retrait à 100m minimum.
c) ONF et DFCI
Avant : Créent et entretiennent le maillage DFCI. Pendant : Engagent bulldozers D6. Ils ouvrent une tranchée minérale jusqu’à la roche: 3m de large, 1m de profond. Le schéma gagnant: HBE refroidit la tête -> ONF ouvre une tranchée sur la crête -> CCF s’installent sur la tranchée.
Schéma 2 : Attaque combinée Terre-Air-ONF
3. La Colonne Feux de Forêt – Composition GIFF
Composition type d’une Colonne FDF (environ 60 pompiers): PC Colonne – Chef de colonne (Officier) : 1 VLHR PC avec radio, carto, liaison CODIS / COS. 4 GIFF identiques, chaque GIFF = 1 VLHR + 4 x CCFM (4000L) + 1 x VTU/VLOG. Bilan : 16 CCFM = 64 000 litres, ~48 à 60 pompiers formés FDF2/FDF3, autonomie 24h à 72h.
Schéma 3 : Composition d’une colonne GIFF
Document généré le 26/07/2026 – Doctrine FDF française, ENSOSP, Sécurité Civile
ANNEXE 1 : Fréquences Radio et Procédures GAAR – Sécurité
Fréquences Opérationnelles Feux de Forêt (France)
Réseau
Fréquence / Canal
Usage
Air-Sol (Tactique)
151.625 MHz – Canal Air-Sol unique
Liaison Chef de groupe au sol ↔ Pilotes GAAR. Ordre de largage uniquement par le sol
Sol-Sol Tactique
86.9625 MHz (ex 86.4875) / Canal 1 à 14 SDIS
Manœuvre entre CCF d’un même GIFF
Commandement
Canal CODIS / ANTARES 0-XXX
PC Colonne ↔ CODIS ↔ COS
DFCI / ONF
153.350 MHz / Canal Forestier
Liaison avec agents ONF et bulldozers
Procédure de demande de largage (STANDARD)
1. RECONNAISSANCE: Chef de groupe identifie zone à traiter et zone de repli pour son personnel 2. SÉCURISATION: Regroupement personnel à 100m minimum sous le vent du point de largage, tous les hommes à l’arrêt, dos au largage, casque jugulaire serrée 3. APPEL: ‘Victor de Alpha Kilo (indicatif sol), demande largage secteur B, fumigène vert, personnel regroupé, prêt pour largage’ 4. CONFIRMATION PILOTE: ‘Alpha Kilo de Victor, identifié fumigène, j’arrive axe Nord-Sud’ 5. FEU VERT SOL: ‘Victor, vous pouvez larguer, secteur B dégagé’ 6. LARGAGE + CR: ‘Largage effectué, 6000L, retour base’ / Sol accuse réception et rend compte de l’effet au COS
Règles de Sécurité GAAR – 10 règles d’or
1. JAMAIS de personnel sous la trajectoire de largage (Canadair = 300m de long, 80m de large d’impact) 2. Distance de sécurité: 100m minimum pour CCF, 200m pour personnel à pied avec Canadair, 50m avec HBE 3. Ne JAMAIS tourner le dos à l’aéronef sans ordre, rester groupé, accroupi 4. Pas de largage de nuit (sauf HBE avec Jumelles de Vision Nocturne, très rare) 5. Pas de largage par vent > 50 km/h ou fumée opaque empêchant la visibilité pilote 6. Port EPI complet + masque obligatoire (retardant irritant) 7. Après largage retardant: Ne pas noyer au-dessus (retardant soluble), attaquer en lisière du retardant 8. Signaler immédiatement tout accident / personnel touché par largage sur canal Air-Sol 9. Un seul interlocuteur Air-Sol par chantier (chef de groupe désigné) 10. GAAR ne remplace jamais le travail au sol: il retarde, il ne éteint pas
Code couleur fumigènes pour guidage
VERT = Zone de largage demandée / Personnel à l’écart | ROUGE = STOP, annulez largage, danger personnel | ORANGE = Point sensible à protéger en priorité
Ce mercredi 17 juin, la Direction départementale des sapeurs-pompiers du Pas-de-Calais a mis à l’honneur les employeurs partenaires et les sapeurs-pompiers volontaires distingués dans le cadre des dispositifs « Label Employeur » et « Terroirs Engagés ».
La cérémonie a également mis à l’honneur les sapeurs-pompiers volontaires engagés dans le dispositif « Terroirs Engagés ». Artisans, producteurs, entrepreneurs ou professionnels libéraux. Prev Sécurité 62 fait parti du réseau et fier de cette mise à l avant et cette reconnaissance .
Ils démontrent chaque jour qu’il est possible de conjuguer activité professionnelle, engagement citoyen et attachement à leur territoire. À ce jour, 20 SPV du Pas-de-Calais ont rejoint cette initiative portée par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.
Enjeux opérationnels et stratégie de maîtrise du risque
Document de synthèse technique opérationnelle – Version optimisée premium – Avril 2026
AVERTISSEMENT
Ce document est une synthèse technique et opérationnelle. Il ne se substitue pas aux doctrines officielles, aux réglementations applicables, aux consignes constructeurs ou aux ordres du commandement. Il vise à structurer une culture commune du risque lithium-ion.
Rédaction initiale : Bruno Saudemont – Prev Sécurité 62 Relecture technique et contribution : Johan Gavel – 3CJ Ingénierie Optimisation rédactionnelle et structuration opérationnelle : Lieutenant-colonel Yves Olivier Uracz – SDIS 62
Note d’intention
Le risque lithium-ion impose une rupture de posture. Il ne s’agit plus seulement de combattre un feu, mais de maîtriser un phénomène énergétique susceptible de produire chaleur, gaz toxiques, réinflammation, pollution et interruption durable d’activité.
La logique d’intervention doit donc être pensée de bout en bout : prévention, reconnaissance, engagement, refroidissement, isolement, surveillance, décontamination, retour d’expérience et continuité d’activité.
1. Changement de paradigme : du feu visible au risque énergétique
La diffusion massive des batteries lithium-ion dans les véhicules électriques, les EDPM, l’outillage, les équipements nomades et les stockages stationnaires modifie la nature du risque incendie. La batterie n’est pas seulement un objet qui brûle. C’est une réserve d’énergie structurée, compartimentée, parfois inaccessible et susceptible d’entretenir son propre phénomène thermique.
La doctrine opérationnelle doit intégrer ce déplacement : le feu visible n’est que la manifestation extérieure d’un processus interne. Éteindre la flamme ne signifie pas nécessairement neutraliser l’emballement thermique.
MESSAGE DE COMMANDEMENT
Le lithium-ion ne se gère pas comme un feu classique. Il impose une stratégie de maîtrise du phénomène, pas une simple recherche d’extinction immédiate.
2. Phénoménologie du feu de batterie lithium-ion
L’emballement thermique correspond à une réaction en chaîne interne pouvant se propager de cellule en cellule. Selon les configurations, les températures internes peuvent atteindre des niveaux très élevés et produire des jets de flammes, des projections d’électrolyte, des ruptures de modules et des émissions gazeuses dangereuses.
Paramètre
Caractéristiques opérationnelles
Déclenchement
Choc mécanique, surcharge, défaut de fabrication, court-circuit, vieillissement ou charge dégradée. Départ parfois discret.
Emballement thermique
Propagation rapide de cellule en cellule. La montée en puissance peut intervenir en quelques minutes.
Gaz émis
HF, CO, CO2, H2, COV et particules. Risques associés : toxicité, inflammabilité, explosion en volume confiné.
Comportement
Projections, sifflements, crépitements, jets de flammes, ruptures de modules, reprise différée.
Extinction
La maîtrise repose sur refroidissement, limitation de propagation, isolement et surveillance prolongée.
Figure 1 – Coupe simplifiée d’un pack batterie lithium-ion : modules, refroidissement, BMS, câblage HT et évents de sécurité.
3. Doctrine d’engagement : méthode 3R+S
Pour rendre la doctrine mémorisable et exploitable sur intervention, l’approche proposée repose sur quatre verbes : Reconnaître, Refroidir, Retirer/Isoler, Surveiller. Cette séquence ne remplace pas la doctrine locale ; elle offre une grille de lecture tactique.
Information CODIS explicite. ARI selon conditions. Périmètre évolutif.
R2 Refroidir
Engager l’eau en quantité adaptée, au plus près du pack lorsque possible.
L’objectif peut être le refroidissement et la limitation de propagation, non l’extinction immédiate.
R3 Retirer / Isoler
Écarter les enjeux, déplacer si possible, organiser quarantaine.
Ne pas déplacer un système instable. Risque électrique et reprise thermique.
S Surveiller
Maintenir suivi thermique, traçabilité des températures, durée post-intervention.
24 à 72 h peuvent être nécessaires selon configuration et doctrine locale.
4. Moyens d’extinction : choix, limites et arbitrages
Les retours d’expérience montrent que l’eau demeure la référence opérationnelle pour refroidir. Les autres agents ont des apports ciblés, mais doivent être appréciés lucidement. L’erreur serait de confondre efficacité sur les flammes et efficacité sur l’emballement thermique interne.
Méthode
Efficacité observée
Limites opérationnelles
Eau en grande quantité
Refroidissement des cellules, maîtrise de propagation, solution de référence dans la majorité des RETEX.
Durée longue, volumes élevés, effluents contaminés, accessibilité au pack déterminante.
Immersion
Stabilisation thermique par noyage complet dans certains protocoles.
Mouillage, refroidissement de surface, action partielle selon produit et configuration.
Efficacité variable ; absence de consensus universel.
Couvertures anti-feu
Limitation du rayonnement et de la propagation visible.
N’agissent pas sur le cœur du pack ; vigilance sur accumulation de gaz.
CO2 / poudre
Action ponctuelle sur flamme visible ou périphérique.
Efficacité limitée sur emballement thermique ; effet temporaire.
ARBITRAGE TACTIQUE
Le bon moyen n’est pas celui qui fait disparaître la flamme le plus vite. C’est celui qui abaisse durablement la température, protège les enjeux et évite la reprise.
5. Toxicité, effluents et sécurité des intervenants
Le risque lithium-ion est aussi un risque chimique et environnemental. Les émissions potentielles de fluorure d’hydrogène, de monoxyde de carbone, de composés organiques volatils et de particules exigent une discipline stricte de protection respiratoire, de zonage et de décontamination.
Risque
Effet opérationnel
Mesure de maîtrise
HF et gaz toxiques
Exposition respiratoire et cutanée possible, notamment en volume confiné.
ARI selon conditions, limitation durée d’exposition, ventilation maîtrisée.
Risque électrique résiduel
Tensions élevées en courant continu, notamment sur packs véhicule.
Éviter action intrusive non maîtrisée ; respecter données constructeur.
Procédures de rinçage, isolement, traçabilité, gestion des EPI.
POINT DE VIGILANCE
L’absence de flamme ne vaut pas absence de danger. Toxicité, tension résiduelle et reprise thermique peuvent persister après la phase spectaculaire.
6. Essais feu et ordres de grandeur techniques
Les essais cités dans le document source donnent une base d’acculturation. Les valeurs restent des ordres de grandeur : technologie, état de charge, conception du pack, ventilation, confinement et accès au foyer modifient fortement la réponse.
Inflammation possible autour de 150 à 200°C ; jets de flammes de 1 à 2 m selon essais.
Détecter tôt les signaux faibles.
Module 5 à 10 kWh
Propagation en quelques minutes ; surfaces pouvant dépasser 600°C.
Refroidissement précoce et isolement indispensables.
Pack VE ~60 kWh
Embrasement possible en 15 à 25 min ; HRR pouvant atteindre 6 à 8 MW.
Engagement durable, débit, protection des volumes adjacents.
ENSEIGNEMENT ESSAIS
La puissance thermique compte. La durée du phénomène, la toxicité et le risque de reprise comptent autant.
7. RETEX 2020-2025 : signaux faibles et décisions fortes
Les RETEX exploités confirment une tendance : la fenêtre d’action utile est courte. Plus l’identification du risque est tardive, plus la stratégie bascule vers la protection, la limitation de propagation et la surveillance longue.
Figure 4 – Tendances observées par secteur : VE/VHR, EDPM, stockage/recyclage et industrie/logistique.
Prévoir débit, désenfumage, accès pack, rétention et surveillance longue.
Centre de recyclage
Batterie non triée, broyage, propagation rapide, surface importante.
Détection amont, tri, compartimentage et procédure batterie suspecte.
EDPM habitation
Charge nocturne, absence détection, batterie non certifiée.
Prévention grand public : charge surveillée, équipement certifié, DAAF.
8. Parkings souterrains : doctrine de conception et d’intervention
Le parking souterrain est un scénario défavorable : confinement, évacuation complexe, visibilité nulle, forte densité de véhicules, accès au pack difficile, propagation horizontale et traitement des fumées. La conception de l’ouvrage devient une partie de la réponse opérationnelle.
Figure 5 – Périmètre indicatif issu d’un RETEX : zones 5 m, 25 m et 50 m à adapter selon configuration.
Zone
Lecture tactique
0 à 5 m
Danger direct : projections, chaleur, risque électrique. Accès réservé aux intervenants équipés et engagés.
Zone de repli public, évacuation, contrôle des flux, adaptation ventilation.
CONCEPTION À ANTICIPER
Colonnes sèches dimensionnées, désenfumage performant, IRVE accessibles, coupure déportée, rétention des effluents et signalétique claire doivent devenir des standards de maîtrise du risque.
9. EDPM et habitat : risque domestique émergent
Les EDPM déplacent le risque lithium-ion au cœur de l’habitat. La phase de charge nocturne, les batteries reconditionnées ou non certifiées, l’absence de détection incendie et le stockage en pièce de vie constituent un cocktail défavorable.
Ne pas charger un EDPM en sortie ou sur un chemin d’évacuation.
Éviter la charge nocturne non surveillée.
Utiliser un chargeur constructeur ou certifié.
Ne pas utiliser une batterie gonflée, endommagée, chauffante ou odorante.
Installer et maintenir les détecteurs avertisseurs autonomes de fumée.
Informer le public : le risque domestique est encore sous-estimé.
MESSAGE PRÉVENTION
Dans l’habitat, la première ligne de défense n’est pas la lance. C’est le comportement de charge.
10. Centres de tri, recyclage et logistique : maîtrise du scénario majorant
Les centres de tri, les sites de recyclage et les entrepôts logistiques présentent une vulnérabilité forte : batteries dispersées, volumes importants, propagation rapide par effet domino, projections et difficulté de tri préalable. Le scénario majorant doit être contenu à l’îlot, pas subi à l’échelle du bâtiment.
Levier
Objectif opérationnel
Tri amont
Éviter l’introduction de batteries dans des flux non adaptés.
Détection thermique / gaz
Identifier le signal faible avant propagation.
Îlotage
Limiter le sinistre à une cellule fonctionnelle.
Compartimentage REI
Empêcher la propagation horizontale et protéger les structures.
Rétention
Maîtriser les eaux contaminées et préserver l’environnement.
Formation exploitant
Créer les bons réflexes avant l’arrivée des secours.
PRINCIPE LITHIUM-SAFE
Le but n’est pas de rendre impossible tout départ de feu. Le but est d’empêcher qu’un départ de feu localisé devienne une crise industrielle.
11. Vers une classe de feu dédiée : prospective classe L
La notion de classe L, proposée à titre prospectif, vise à qualifier les feux impliquant des dispositifs de stockage d’énergie électrochimique lithium-ion. Elle n’est pas normalisée à ce stade dans les référentiels européens, mais elle présente un intérêt pédagogique et doctrinal évident.
Spécificité
Conséquence attendue
Emballement thermique
Formation dédiée à la cinétique propre aux batteries.
Gaz toxiques
Signalétique, EPI et mesures atmosphériques renforcés.
Réinflammation
Intégration obligatoire de la surveillance post-intervention.
Énergie active
Ne pas traiter la batterie comme un combustible passif.
Effluents
Rétention et traitement intégrés dès la conception.
FORMULATION PROPOSÉE
Feux impliquant des dispositifs de stockage d’énergie électrochimique lithium-ion, caractérisés par un emballement thermique, des émissions de gaz toxiques et un risque de réinflammation.
12. Prévention augmentée et modèle économique du risque
Le risque lithium-ion est aussi un sujet économique. Un sinistre mal maîtrisé génère des coûts directs, indirects, assurantiels, environnementaux, réputationnels et d’exploitation. La prévention constitue donc un investissement stratégique.
Poste
Configuration standard
Configuration adaptée
Dommages véhicules
Extension possible à plusieurs véhicules adjacents.
Dommages localisés.
Bâtiment
Dégradation structurelle et fermeture longue.
Impact limité, reprise plus rapide.
Exploitation
Immobilisation de plusieurs semaines à plusieurs mois.
Indisponibilité réduite.
Effluents
Volumes élevés et traitement coûteux.
Rétention et volumes maîtrisés.
Assurance
Surprime ou contentieux selon situation.
Meilleure maîtrise du risque et de l’image.
LECTURE DIRIGEANT
La prévention lithium-ion n’est pas une ligne de dépense. C’est un dispositif de protection de la valeur, de la continuité d’activité et de l’assurabilité.
13. Fiches réflexes opérationnelles
Fiche 1 – Reconnaître
Qualifier le type d’équipement : VE, VHR, EDPM, batterie portable, stockage stationnaire, entrepôt ou centre de tri.
Prévoir collecte et traitement des eaux contaminées.
Initial / Structuré / Maîtrisé
Formation
Former exploitants et personnels de sécurité.
Initial / Structuré / Maîtrisé
Post-sinistre
Quarantaine, suivi thermique, dépollution, RETEX.
Initial / Structuré / Maîtrisé
OBJECTIF
Permettre à un exploitant, un préventeur, un assureur ou un service de secours de situer rapidement le niveau de maîtrise d’un site exposé au risque lithium-ion.
16. Conclusion générale
Les incendies impliquant des batteries lithium-ion introduisent une complexité nouvelle dans la gestion du risque incendie. Ils associent énergie embarquée, toxicité, tension résiduelle, propagation rapide, difficulté de refroidissement interne, reprises différées et impacts environnementaux.
La réponse doit donc devenir systémique. Elle commence à la conception des ouvrages, se poursuit dans l’exploitation quotidienne, s’exprime dans la doctrine d’intervention et se termine par le RETEX et la continuité d’activité.
MOT DE CLÔTURE
Le véritable enjeu n’est plus d’éteindre un feu. Il est d’empêcher qu’un phénomène énergétique devienne incontrôlable.
Bibliographie indicative
PNRS – Notes opérationnelles relatives aux feux de batteries lithium-ion, 2023-2025.
INERIS – Études et rapports sur le comportement au feu des batteries lithium-ion, 2022.
LCPP – Synthèse des essais incendie sur véhicules électriques, 2024.
GESTES – Travaux et publications sur la sécurité des systèmes énergétiques.
Our fire blankets are made from high-performance, non-combustible technical fibers. They prevent the spread of flames in the event of a fire between internal combustion vehicles, electric vehicles, and lithium batteries in a museum.
The preservation of cultural heritage is essential. Therefore, implementing a risk prevention and asset protection plan is a priority. Through the manufacture of fire and heat-resistant covers and tarpaulins designed to quickly protect paintings, sculptures, and other works of art, we ensure that rescue operations are facilitated.
Protech Sentinel: Bruno Saudemont’s invention to save works of art
First fire blanket designed specifically for Cultural Property Safeguarding Plans (PSBC)
Designer: Bruno Saudemont – Prev Sécurité 62, Saint-Martin-au-Laërt
1. History and Date of Creation: 2016
In 2016, Bruno Saudemont, head of Prev Sécurité 62, observed the lack of suitable fire protection for museums. Together with Atelier Audomarois, he developed the first prototype of a large-format fireproof blanket for works of art.
The project was subsequently industrialized by Apronor under the name Fire Cape, before becoming Protech Sentinel.
2. First official application: Sandelin Museum – SDIS 62
Protech Sentinel was tested and deployed in 2016 for the Sandelin Museum’s fire suppression system in Saint-Omer, in partnership with SDIS 62. Exercises demonstrated its effectiveness in protecting paintings, sculptures, and archives from heat, smoke, and water used for fire suppression in less than 30 seconds.
3.Official recognitions and evidence
Trophée Or Norme AFNOR – Innovation sécurité patrimoine
Retours d’expérience intégrés aux doctrines PSBC
Accompagnement BGE Flandre Création
Articles La Voix du Nord sur l’innovation audomaroise
La multiplication des sinistres ayant affecté le patrimoine culturel français au cours des vingt dernières années — de l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019 aux inondations récurrentes touchant les réserves muséales — a mis en évidence la vulnérabilité structurelle des collections face aux risques majeurs. En réponse à ces constats, le Ministère de la Culture a généralisé l’obligation d’élaboration d’un Plan de Sauvegarde des Biens Culturels (PSBC) pour l’ensemble des Musées de France, des bibliothèques classées et des services d’archives, notamment par la circulaire du 14 décembre 2016. Au-delà de cette exigence réglementaire, le PSBC s’impose désormais comme un véritable outil de gestion de crise, dont l’efficacité repose sur trois piliers indissociables : la formation des équipes, la structuration d’une doctrine d’intervention adaptée et la mise à disposition de moyens matériels de protection appropriés.
“Les informations présentées sont issues de retours d’expérience et d’études techniques. Elles ne se substituent pas aux doctrines officielles des services de secours ni aux réglementations en vigueur.”